Pascal à Mayotte

Pascal est un pêcheur chevronné. Il a déjà fait
beaucoup de voyages de pêche dans le monde
entier.Voici le récit de son premier séjour
à Mayotte.

Pascal avec une carangue noire

Histoire de rêve à Mayotte

Voilà deux ans, j’ai eu la chance de pouvoir effectuer
une croisière de pêche, sur un catamaran à Madagascar.
Je rêvais, bien sûr, de pouvoir y retourner, car, aussi bien
les paysages de rêve que la taille des poissons m’avaient
envoûté. Seule ombre au tableau, la pression de pêche,
ainsi que les tarifs prohibitifs, m’empêchaient de revenir
sur ces lieux de rêves.
Depuis longtemps, une petite île située pas très loin de
Madagascar, avait attiré mon attention, Mayotte. Les
rares articles parus sur cette destination n’étaient pas
très élogieux. Pourtant, la description géographique
(immense barrière de corail) et l’absence de bateaux usine,
me laissaient songeur sur le potentiel de cet endroit.
C’est à la fin de l’année 2003, et grâce à un banal contact
Internet, que les choses ont commencé à se concrétiser.
En effet, me voilà en contact avec un jeune couple Français,
Karine et Stéphane, qui s’est installé depuis quatre ans
sur l’île. Stéphane a ouvert, depuis peu, un magasin de
pêche à Mayotte et il s’intéresse depuis six mois à la
recherche des carangues ignobilis au popper. Sur le
moment, j’avoue avoir eu des doutes sur le sérieux de ses
dire, son matériel (une Sert Baroudeur et un Shimano 6000)
n’ était pas ce qu’on pouvait appeler le top du top, et
pourtant, il m’annonçait des résultats plus que surprenants.
C’est lors de son troisième message que tout s’est joué.
Le fichier joint est tout simplement impressionnant, des
ignobilis entre 30 et 40 kg s’affichent sur l’écran,
accompagnées de ce commentaire : « en ce moment la pêche
est correcte, à chaque sortie, au moins une ignobilis de plus
de 30 kg, jamais de capot », et surtout, le petit plus,
pratique quasi systématique du « catch and release ». Après
avoir reçu la proposition tarifaire très « light » de Stéphane
qui se propose très gentiment de m’héberger chez lui, la
température de mon corps, monte soudain de plusieurs
degrés. Le seul médicament capable de faire baisser la
température, sera la réception de nos billets d’avions.
Nous voici repartis mon ami Ludo et moi dans de nouvelles
aventures.


Le voyage ce déroulera sans encombre jusqu'à Dzaoudzi,
mais là, mauvaise surprise, le tube de cannes n’a pas suivi !
Un profond désespoir s’empare de nous, bien vite soulagé
par l’accueil de Karine, qui, par sa gentillesse et son sourire,
saura nous faire revenir à des pensées plus agréables.
Direction le magasin de pêche de Stéphane, peut-être
pourra t’il nous dépanner en attendant la livraison du tube.
C est avec une grande surprise que nous découvrons un
magasin très bien fourni en poppers et autres rapalas,
ainsi qu’un grand choix de leurres pour voilier et marlin. Ce
qui est encore plus stupéfiant, c'est que les prix sont pour
la plupart un peu moins chers qu’en métropole ! Par contre,
pas de Zenak ou Tenryu, apparemment cela devrait
bientôt changer. Stéphane nous dépannera tout de même
avec sa Baroudeur, une Beast Master de Shimano, et
une Zebco, dont le blank se montrera surprenant,
malgré des anneaux, par contre, de piètre qualité.
Nous prenons, dans la soirée, possession de nos quartiers
dans la charmante petite maison de Stéph et Karine,
montage des Saltiga et HIA sur les cannes, triple Owner
5/0 et 3/0 sur nos poppers, et nos petits yeux, épuisés
de notre voyage, vont très vite laisser place à des rêves
de monstres marins.

 

Premier jour. Départ rapide de notre bateau, depuis la
cale d’un ponton militaire, et première approche, au bout
de 10 minutes de navigation, d’une petite patate de corail.
Premier lancer, et premier rush, une jolie carangue bleue
de 7 kg viendra nous saluer, photo, bisous et retour à
l’eau. Nous enchaînons sur une autre patate, et Ludo se
retrouve aux prises avec, cette fois, un poisson beaucoup
plus sérieux. La Zebco 50 livres plie avec délice et le
5000 HIA chante une mélodie des plus agréables à nos
oreilles. C’est une belle ignobilis de 25 kg qui viendra se
rendre au bateau, nouvelle photo, bisous et plouf à l’eau.
Nous enchaînerons ainsi plusieurs rushs de poissons allant
de 5 à 20 kg, les postes n’étant généralement pas très
éloignés les uns des autres. C’est avec le coup du soir que
nous prendrons conscience du potentiel de Mayotte.
Ici, étrangement les attaques ont lieu très loin du bateau
et en maniant le popper à la vitesse TGV. A ce petit jeu,
Stéphane, à qui je prête mon 6000 GT, fera carrément
flaper son Surface bull. Ce sera le leurre référence
de notre séjour. C’est impressionnant, malgré les 124 cm
de récupération du moulinet, Stéphane emballe presque
la manivelle du GT, mais la technique paraît plaire. Je
décide de l’adopter et me voici attelé à une brute épaisse
qui arrache près de 100 mètres de tresse aux 10 kg de
frein que j’ai réglé sur mon moulinet. Le rush est
monstrueux, la carangue de 25kg de ce matin nous a tout
juste emporté 10 ou 15 mètres de tresse, mais là, rien à
voir, la Baroudeur est pliée en deux, et le rush ne s’arrête
pas. C’est uniquement la rupture de la tresse, qui mettra
un terme à ce départ. Nous sommes ahuris, j’ai l’habitude
des gros poissons, et pas mal de voyages à mon actif,
mais là ? Stéphane choisit ce moment pour nous signaler,
que la veille de notre arrivée, une Ignobilis de 61 kg
a été capturée à 200 mètres du bord ! 15 minutes plus tard,
c’est à nouveau moi qui suis attelé à un nouveau monstre.
Cette fois c’est mon Morondava qui en fait les frais.
Je suis accroché à la canne, et le rush n’en finit pas.
Puis d’un coup, la canne se redresse et je remonte mon
leurre (en bois dur) BROYE ! La tête du leurre est écrasée,
la corde à piano a éventré en deux le corps du popper dans
son épaisseur ! Nous perdrons ainsi 4 poppers ce soir là, et
je maudis Air Austral. N’étant pas avec mon matériel, je
n’ose pas brider à fond les départs. Je ne peux demander à
la Baroudeur, ce que je demande à ma 80 livres Zenaq. Par
contre, une constatation s’impose, les 3/0 Owner font ici
figure de mitraillette à sardines, les 5/0 sont juste
suffisants. Je regrette de ne pas avoir pris les 7/0 de
chez Decoy. Je vous assure, qu’après 7 jours de pêche,
mes 5/0 me paraîtrons ridiculement petits.

Ludo et une carangue noire

Deuxième jour. La matinée sera pauvre en départ, le
vent s’est levé, et les poppers nagent mal. De plus, la
marée basse ne paraît pas être le meilleur moment.
Nous enregistrerons tout de même de très belles
carangues bleues et Stéphane touchera un très beau
thazard de 18 kg qui lui, finira dans nos assiettes. Le
coup du soir, sera identique au jour précédent, encore
2 ou 3 poppers en moins. Toujours des attaques d’une
violence inouïe, des rushs incroyables.

Stéphane et son beau thazard

Troisième jour. Nous emmenons Paul avec nous, un
professeur de Mayotte qui pêche depuis peu, et qui
souhaite réaliser des photos pour son site Internet.
La matinée, pourtant sans vent, sera très médiocre côté
pêche. Aussi, nous décidons d’enfiler masque et tuba et
d’explorer les fonds coralliens. C’est un festival de
langoustes, requin dormeur, coraux vivants, et centaines
de poissons multicolores qui s’offrent à nous. L’eau est
d’une clarté exceptionnelle, la faune et la flore sont
magnifiques. Deux ou trois tortues viennent nager à côté
de nos palmes, instants magiques qui font bien vite
oublier les absences de touches de ce matin.
Nous profitons de cette matinée calme pour discuter un
peu de pêche, et là, mes oreilles fusent. Les histoires
d’espadons voiliers sont nombreuses, et ce matin, nous
en verrons effectivement sauter plusieurs très beaux
le long de la barrière. Stéphane, nous raconte très
« simplement » ses sorties en traîne sur les bancs de
wahoos, « où ces saletés de marlins viennent trancher en
deux nos prises, pendant le combat » !! Ici, personne
n’utilise de Daisy Chain ni de teaser. Pourtant, la capture
régulière de poissons à rostre, indique le potentiel de
Mayotte. Ceci sera confirmé par un client de Stéph, qui
lui avait acheté la seule Daisy Chain disponible, et qui
fera en une sortie, 13 touches, avec 11 sailfishs au
bateau. Par contre, bizarrement, aucune carpe rouge
n’a été capturée. J’explique à Stéph que sa méthode
TGV pourrait ne pas correspondre à la technique de
traque de la rouge. Contrairement à la carangue, il ne
faut pas hésiter à faire un stop lors d’un suivi. Nous
décidons de tenter l’expérience et pêchons au dessus
du récif. Paul très attentif, met en application mes
conseils. Le résultat ne se fait pas attendre, une
jolie rouge de 7 kg vient nous rendre visite. Sourire
de Paul, et réflexions de Stéphane. Nous en toucherons
d’autre lors de notre séjour. Au risque de paraître
monotone, la séance du soir se reproduira, avec le
même résultat, des casses monstrueuses et des mains
tremblantes.

Paul  et sa carpe rouge

Quatrième jour. Le tube est arrivé hier soir, et ce
matin, ma Zenaq brille dans mes mains. Le 6000 GT
est réglé sur 13 kg de frein, la journée promet d’être
dure. Le vent est à nouveau de la partie et l’exploration
du nord devient impossible. Nous devons nous rabattre
sur les secteurs que nous avons déjà prospectés. Force
est de constater, que l’éducation des poissons, n’est
pas un vain mot. Heureusement, nous avons avec nous
un nouveau venu, Mr PACO, un poème à lui tout seul.
Nous avons tous eu des Paco en puissance à la pêche.
Mais si, vous savez, le débutant équipé d’une canne à
éperlans, qui anime ses leurres, en les faisant sauter
hors de l’eau, et qui réalise nœud sur nœud! Seulement
voilà, Paco et ses « paconades » vont faire monter, à
cinq mètres du bateau, des carangues estimées à plus
de 60kg. Avec la clarté de l’eau, nous avons eu tout le
temps d’admirer ces ignobilis magnifiques. Bien sûr,
presque à chaque fois, elles se contenteront de suivre
son leurre, et puis plongeront sous le bateaux… Presque
à chaque fois…..
Paco me perdra le premier jour, environ 5 a 6 leurres
sur des poissons tous estimés à plus de 30 kg !!! Ayant
eu des problèmes de vis cassée sur mon 5000 HIA
(merci Mr DAIWA de mettre des vis creuses pour tenir
le bras de pick up !!), je ne peux que prêter un simple
Taurus 7000 à Paco, ainsi que la baroudeur de Stéphane.
Grâce à ses paconades inimitables, nous tirerons notre
épingle du jeu, avec plusieurs poissons entre 8 et 30 kg,
mais aucun rush sur ma Zenak. Le problème, je pense,
est qu’avec cette canne courte ( 2.60m), les lancers à
très longue distance sont plus difficiles. Encore une fois,
force est de constater que 80% des attaques se
produiront très loin du bateau.

Mr PACO en plein combat

Cinquième jour. Notre ami Paco est encore avec nous, et
la matinée sera de nouveaux très calme. Paco prendra
une jolie carpe rouge de 6 kg, et pour nous, de petites
commères saumons, des orphies, un barracuda de 9 kg
et bien sûr, plusieurs carangues bleues de 5 à 9 kg.
Nous sommes tous en attente de notre coup du soir.
Nous retrouvons, le long de la barrière de corail, nos
amis les fusilliers, des petits poissons fourrage qui
mesurent environ 15 cm de long. A chaque fois que
nous croiserons en surface ces petits mangeurs d’algues,
nous avons toujours touché soit des carangues bleues,
soit des ignobilis. Les poppers fendent l’air et Ludo se
retrouve au combat avec une bleue. Juste derrière le
bateau, Paco et moi voyons deux jolis remous, signe
d’une chasse de prédateurs. Nous lançons ensemble,
les deux Surface Bull tracent leurs sillons à 3 mètres
d’intervalle. L’attaque est foudroyante, les deux
poppers sont avalés dans la gueule de deux monstres
qui, heureusement, partent à l’opposé l’un de l’autre.
Paco, à l’avant du bateau, plie sous les coups de tête
de sa carangue, le Taurus chante fort mais cela n’est
rien en comparaison de mon 6000 GT, qui n’en finit
pas de dévider du fil. Nous sommes en pleine eau,
je m’installe tant bien que mal pour préparer ce
combat, qui risque de durer. Stéphane démarre le
moteur, car la bobine ce vide à une vitesse record.
Tout se passe bien, sauf que … Mr Paco dont le
moulinet fume un peu, se voit créditer d’une nouvelle
casse. Plié sur sa canne, il tombe du coup en arrière et
je me retrouve attelé à un monstre, avec en plus une
tête de Paco dans les pieds. Pour parfaire le tout, après
avoir sorti presque 250 mètres de tresse de son
moulinet, cette superbe bannière, décide de s’effondrer
sur… MA TRESSE !! La sanction est immédiate, casse
franche et brutale, c’est le silence à bord, Paco se
relève un peu assommé, et je reste béat devant ce rush
de tous les records. Suis je maudit ? Le temps de
rembobiner ma tresse, et celle de Paco, mon Oyodonyondo,
refait surface. Heureusement, ma carangue a réussi à
se débarrasser du triple. Au moins, elle ne mourra
pas la gueule clouée par les hameçons. En fait, le 5/0
est ouvert sur 2 branches et le 3/0 est lui, réduit en
miettes.

Moulinets au repos

Sixième jour. Le vent reste et restera de la partie. Nous
explorons de nouveaux coins, mais les vagues perturbent
nos leurres. Nous aurons une journée très honorable, avec
environ 20 poissons touchés, dont une carangue ignobilis de
24 kg. Le soir nous redonnera des sueurs froides. Je suis à
nouveaux attelé à un monstre. Cette fois, miss ignobilis
a eu la gentillesse de s’étaler de tout son long à la touche.
Je vous assure que c’est énorme, la 25 kg de ce matin
ressemblerait à un simple vif à côté de ce monstre. Ma
80 livres est pliée en deux, je suis à plus de 15 kg de frein
(mesuré après combat au peson), mais rien à faire. Cette
fois, il n’y a pas plus de 15 mètres d’eau, et après 10 minutes,
ma tresse Zenaq revient toute râpée sur plusieurs mètres.
C'est sûr, je suis maudit…
En plus de ce rush nous verrons suivre des carangues
monstrueuses, avec cette vague que déplace leur tête
qui sort de l’eau. Sincèrement, à Madagascar j’ai touché
de très beaux poissons, mais ce que nous voyons là
est incomparable. Sans que nous ne puissions rien faire,
nous regardons les ignobilis foncer sur nos leurres, et au
dernier moment, refuser l’attaque et plonger. Je testerai
ce jour là, une paconade. En effet, à force de travailler
les poppers à fond, j’aperçois une petite boucle sur la
bobine de mon moulinet. Je repose mon leurre à l’eau, déroule
trois ou quatre mètres de tresse, et là, une énorme carangue
décide d’avaler le leurre. Trop de mou sur la ligne, elle
recrachera très gentiment mon Morondava. Heureusement,
car je crois qu’un tel départ au ras du bateau aurait été
délicat à contrer.

Il reste un Morondava

Septième et dernier jour. Ce matin, les choses s’inversent.
Dès les premiers lancers, nous capturons plusieurs très
jolis poissons. Deux nouveaux Surface Bull disparaîtrons
dans les profondeurs ! Etrange, les conditions sont
identiques aux autres jours, mer basse,vent et pourtant
de nombreuses attaques. Un nouveau thazard viendra
rejoindre le bateau, et un peu plus tard. Je sors une jolie
carpe rouge de 9 kg. Nous toucherons ainsi, au moins une
trentaine de poissons, mais point de coup du soir. Suite à
un coup de fil, Stéphane nous demandera exceptionnellement,
de garder un peu de poisson, et très vite la glacière se
remplira. Je toucherai ce jour là une très jolie commère
saumon de 12 kg, et plusieurs carangues de 8 à 20 kg.

Pascal et sa belle commère saumon

Il est à noter, que nous n’avons pas vu un seul filet de pêche,
aucun bateau, aucune ligne d’hameçons. En fait, il y avait
pénurie de poissons sur l île, les locaux n’étant pas pêcheurs.
Ils ont en fait un désintérêt de toute activité nautique. Entre
les dauphins très nombreux, les raies manta qui sautent à
10 mètres du bateau, les fonds superbes, et une faune
et flore très riche, il y a de quoi s’occuper et récupérer
entre deux sorties. Je l’avoue, je suis tombé un peu
amoureux de l’endroit, et déjà il me tarde d’y retourner
pour un séjour plus long. Bien sûr, nous avons dans un certain
sens « manqué » de chance, en n’arrivant pas à mettre au
sec un seul de ces monstres. Je suis sûr qu’il s'agissait d’un
sort, destiné à me faire revenir. Soucieux de la magie,
le rendez-vous est pris. A moi les ignobilis monstrueuses,
la beauté de l’endroit, la gentillesse et le sourire de Karine et
Stéphane.

PS : Je pense emmener la prochaine fois, une 80 livres
de trois mètres ou plus, pour des lancers les plus longs
possible. Aucun triple en dessous de 5/0, et même, si
possible, des 6 et 7/0.
Pour les leurres, rien en dessous de 50 Grs, il faut faire
beaucoup de bruit, et animer très vite. Nous n’avons pas
testé la traîne, ni la palangrotte. Pour le rostre, il y aura
dans le prochain voyage, des teasers et des leurres à
Marlin….

Pascal